Sérodifférents et amoureux, c’est possible ?

Vous vous interrogez sur l’avenir de votre vie sentimentale et sexuelle. Faut-il choisir son partenaire (aussi) en fonction de son statut viral ? Si, bien entendu, l’amour ne se commande pas, il est légitime de se poser la question. Voici quelques éléments pour vous faire votre idée. 

Première information capitale à rappeler en préambule : si vous prenez régulièrement vos médicaments et que ceux-ci sont efficaces, il y a toutes les chances pour que votre charge virale soit indétectable. Si c’est le cas depuis plus de six mois, que vous n’avez par ailleurs aucune infection sexuellement transmissible, vous ne pouvez pas transmettre le virus à votre partenaire : le virus n’est plus présent dans les liquides corporels tels que le sang, le liquide pré-séminal ou le sperme. La science le confirme depuis 2008. On parle de TasP, pour Treatment as Prevention (Traitement comme prévention).

Bien sûr, il convient d’être très observant dans votre traitement, ponctuel dans la réalisation de vos examens biologiques et de votre suivi médical en général, car il faut s’assurer que votre charge virale reste bien sous les 200 copies/ml, seuil sous lequel les scientifiques s’accordent à dire que la transmission n’est pas possible. Il est également important de vérifier que ni vous ni votre partenaire n’est porteur d’une autre infection sexuellement transmissible.

© Fraîches, un média qui fait tomber des étiquettes

En couple avec une personne séronégative

Dévoiler son statut sérologique peu après une rencontre importante ou au cours d’une relation peut être un moment difficile. La crainte du rejet est légitime et il arrive que la réaction de l’être cher soir effectivement négative. Mais les choses peuvent bien sûr évoluer dans le bon sens, après un temps de réflexion et, surtout, d’information.

La sérodifférence peut également créer des blocages, de l’un ou l’autre partenaire, lors des relations sexuelles. Certains préfèreront continuer à utiliser un préservatif, malgré une charge virale indétectable et donc sans risque de transmission du virus. Mais le plus souvent, cette peur s’estompe avec le temps.

De nombreuses personnes témoignent des avantages que présente le fait d’être en couple avec une personne également positive au VIH et évoquent un soutien mutuel et une compréhension de l’autre facilitée.

Le statut viral doit-il pour autant être critère dans le choix de son partenaire ? 

« Fred et Cédric, rencontre avec un couple sérodifférent » (© Doctissimo).

Loïc : « Quand ma charge virale devenue indétectable, j’ai eu un déclic »

Loïc, 29 ans, témoigne ainsi de son expérience : « Quand j’ai été diagnostiqué, je ne voulais plus avoir de relation sexuelle. Et puis, bien sûr, ce n’est pas tenable. Mais j’avais peur de contaminer quelqu’un. Lorsque ma charge virale est devenue indétectable, ça a été un véritable déclic pour moi. Quand j’ai rencontré quelqu’un, je lui en ai parlé tout de suite. Quand je lui ai dit que j’étais indétectable, il n’y croyait pas trop, il trouvait étrange de ne pas en avoir entendu parlé. Alors il s’est renseigné et quand on s’est revu le lendemain, on en a reparlé et on a tout de suite décidé d’arrêter le préservatif. »

Lucie : « Au bout d’un moment, la peur de le contaminer est partie »

Lucie et son compagnon forment un couple sérodifférent : « Au début de notre relation, ma charge virale n’était pas indétectable. Il avait peur d’être contaminé et j’avais peur de le contaminer. Au bout d’un an et demi, le médecin m’a dit : ‘Vous savez que vous pouvez avoir des relations sans préservatif ?’ Mais cette peur restait… Et au bout d’un moment, elle est partie. »

« Sylvain, séropositif en couple sérodifférent » (© Sida Info Service)

Erwan : « La peur de contaminer mon partenaire a disparu »

Erwan, qui a témoigné pour Transversalmag, admet avoir mis du temps à surmonter la peur de contaminer son partenaire : «J’ai découvert ma séropositivité en 2008, avant de rencontrer Stéphane, mon compagnon de l’époque, qui n’a pas eu de mal à l’accepter, étant donné qu’il avait déjà vécu avec un homme séropositif. Au début, même en nous protégeant, je n’étais pas du tout à l’aise dans ma sexualité. La peur de contaminer dominait et m’avait fait perdre toute insouciance. À partir de 2010, on a commencé à entendre parler dans notre entourage de l’avis suisse (Indétectable = Intransmissible). On s’est renseigné et comme j’avais un virus indétectable depuis longtemps, on a décidé de franchir le pas et de ne plus porter de préservatif. Stéphane était confiant, il se faisait dépister tous les deux à trois mois. Moi, il m’a fallu un an et demi, après plusieurs tests négatifs, pour baisser la garde et me sentir un peu plus léger dans ma sexualité.
Malgré tout, pendant l’acte sexuel, je veille toujours à me retirer avant l’éjaculation. Cela me donne l’impression de limiter les risques. Avec mon nouveau compagnon, qui partage ma vie depuis cinq ans, la démarche a été plus simple. Il n’avait pas connaissance des recommandations suisses, mais il a vite été rassuré par ma précédente expérience et par le fait que je respecte mon traitement. Il se teste régulièrement. Moi, je fais le point tous les six mois lors de mon bilan virologique. Dorénavant, la peur de contaminer mon partenaire a disparu. À vrai dire, je n’y pense quasiment plus
. »

« Un couple raconte sa vie intime avec le VIH » (extrait de l’émission « Ça commence aujourd’hui », © France Télévision)

Antoine : « Je ne veux pas que le VIH soit un sujet dans notre couple »

« Je ne veux pas que le VIH soit un sujet dans notre couple. Si j’avais de la tension, je prendrais un cachet tous les jours et le traitement serait tout aussi visible. Je prends mon traitement contre le VIH, mon conjoint le sait et cela fait partie de la vie d’un couple ordinaire ». Son conjoint ajoute : « J’ai appris avec le temps qu’il a tendance à être tête en l’air et oublier de prendre certaines choses alors tous les matins je dis : ‘Chéri, tu as pris tes médicaments ?’ »

Denis-Martin : « C’est plus simple de rencontrer des gens comme moi »

Denis-Martin a eu deux relations avec des hommes séronégatifs sur une période d’une quinzaine d’années : « J’essaie de rencontrer que des gens séropositifs parce que ça a le mérite de faciliter ma vie. Je ne te dis pas que je ne retournerai jamais vers quelqu’un qui est séronégatif, mais c’est plus simple de rencontrer des gens comme moi. Quelqu’un avec le VIH va comprendre plus facilement les questions, les médicaments, les effets secondaires, etc. »

Yann : « L’un pense pour l’autre »

Après une belle relation et une petite fille avec une femme séronégative lors de laquelle il a découvert sa séropositivité, Yann a rencontré une femme séropositive dans une association : « On est peut-être plus à l’affut de savoir si l’autre va bien, de lui rappeler ‘as-tu pris tes médicaments ? N’oublie pas ton rdv chez le médecin !’ L’un pense pour l’autre. On s’entraide. Mais le mot maladie n’existe pas chez nous, on ne se considère pas comme des malades. On ne pense pas du tout à la maladie ».

« La fin des relations ? » (© France TV Slash)

Elise : « Nous sommes bien plus forts ensemble »

« Sur les conseils de mon médecin, je me suis inscrite dans une association de personnes vivant avec le VIH, et paradoxalement, c’est à ce moment-là je que j’ai vraiment pris conscience de ma pathologie, des difficultés physiques et morales que le VIH entraînent. J’étais dans la réalité et non plus dans le déni, qui de toute évidence, m’avait préservée. J’ai rencontré mon amoureux au sein de cette association en 2007 et nous sommes bien plus forts ensemble, j’essaye de lui transmettre ma joie de vivre, une bonne hygiène de vie et le respect de lui-même, une façon différente de voir la vie… côté positif. »

Damien : « Dommage de passer à côté du bonheur pour une simple question de statut viral »

Damien est en couple avec Angélique depuis deux ans, mais est tombée amoureux d’elle il y a bien longtemps, avant qu’elle ne découvre son statut viral : « Il y a encore beaucoup trop de personnes qui craignent se mettre en couple avec des séropositifs. Je trouve cela tellement dommage de passer à côté du bonheur pour une simple question de statut viral… Alors vous allez me dire que c’est facile pour moi parce que j’étais déjà amoureux d’Angélique avant qu’elle ne soit contaminée. Mais je n’ai pas de problème si l’un de mes enfants m’annonçait un jour qu’il veut faire sa vie avec une personne séropositive. Il faudrait qu’un de ces jours, on finisse par accepter cette maladie comme on accepte d’avoir de l’hypertension par exemple, et se dire qu’on peut très bien vivre avec ! »