Le VIH et les autres maladies

Développer une autre maladie potentiellement grave ou chronique lorsque l’on est porteur du VIH est bien entendu possible. Mais quels sont réellement les surrisques par rapport à la population générale et comment se prémunir de ces pathologies qui peuvent tous nous toucher et ne sont pas forcément liées à la présence du virus dans l’organisme ?

Lorsqu’il n’est pas sous contrôle, le virus du VIH peut causer des dégâts importants sur le système immunitaire. En outre, comme tout le monde, une personne qui vit avec le VIH peut développer des pathologies potentiellement graves. La crainte de développer une autre maladie grave ou chronique peut donc être particulièrement présente.

C’est un sujet délicat car il y a quelques années encore, les comorbidités, ces troubles aigus associés à un trouble primaire (ici le VIH), étaient nombreuses. Les premiers traitements antirétroviraux avaient parfois un impact non négligeable sur les organes vitaux tels que le foie ou les reins. Certains traitements entraînaient également des modifications du métabolisme, favorisant l’apparition de maladies telles que le diabète ou l’ostéoporose.

Les risques de comorbidité se rapprochent de ceux de la population générale

Mais la donne a changé ces dernières années. Pour les personnes dépistées depuis 10 et même depuis 20 ans, qui ont commencé un traitement rapidement, les risques de développer de l’ostéoporose ou certains cancers notamment sont bien plus faibles qu’avant et se rapprochent de la population générale.

Et si l’espérance de vie des personnes vivant avec le VIH continue à grandir et est désormais égale à celle de la population générale voire même supérieure, grâce à un meilleur accompagnement médical, c’est aussi parce que, grâce au suivi régulier lié au VIH, les maladies qui pourraient éventuellement se manifester sont dépistées plus précocement et donc traitées plus efficacement.

Les progrès des traitements limitent les risques de comorbidité

Présentant les récentes études de ses équipes, Dominique Costagliola, éminente épidémiologiste de l’Inserm, expliquait début 2020 que si le surrisque de développer une pathologie telle qu’une maladie cardiovasculaire, un cancer, le diabète ou l’ostéoporose par rapport aux personnes négatives au VIH diminue d’année en année, c’est notamment grâce à l’amélioration de l’efficacité des traitements. Ils ont fait un bond majeur ces dernières années et ils permettent à l’immense majorité des personnes vivant avec le VIH d’avoir une bonne immunité. Qui dit meilleure immunité dit meilleure protection contre de nombreuses maladies.

Sans oublier que certaines molécules aux effets secondaires délétères, telles que les inhibiteurs de protéase de première génération qui favorisaient l’infarctus du myocarde, ne sont plus utilisées. Le surrisque de le voir survenir de manière plus fréquente a disparu avec elles.

Cependant, puisqu’un risque plus élevé subsiste encore, regardons de plus près certaines maladies chroniques, leurs facteurs de risque et les méthodes de prévention.

VIH et ostéoporose 

L’ostéoporose est une maladie métabolique osseuse qui touche un peu moins de 10 % de la population générale et environ 15 % des personnes vivant avec le VIH.

L’inflammation induite par le VIH, un niveau de CD4 inférieur à 200/mm3, une éventuelle coinfection par le VHC, mais aussi les inhibiteurs de la protéase et certains inhibiteurs nucléosidiques sont des facteurs de risque spécifiques qui s’ajoutent à ceux identifiés pour la population générale.

Le suivi de règles hygiéno-diététiques permet de limiter significativement le développement de l’ostéoporose.

  • Veillez à avoir des apports suffisants en vitamine D (au moyen d’une supplémentation si besoin) qui aident l’intestin à absorber le calcium. Ce dernier, indispensable à une bonne santé osseuse, doit également être apporté en quantité suffisante via l’alimentation (laitages, légumes verts, amandes notamment). Par ailleurs, votre médecin peut vous prescrire une prise de vitamine D en début de l’hiver, où l’ensoleillement qui favorise la production de cette vitamine baisse.
  • Pratiquer une activité physique très régulière est l’autre moyen de renforcer les os et ainsi de lutter contre la perte de densité osseuse.

La consommation excessive d’alcool et la coinfection par le VHC sont associés à une augmentation du risque de fracture liée à l’ostéoporose. Le tabagisme semble également être l’ennemi de la santé de nos os.

De nouveaux traitements contre l’ostéoponie et l’ostéoporose en cours de développement pourraient permettre de mieux soigner ce phénomène chez les patients vivant avec le VIH dans un futur proche. La manière dont le VIH s’attaque aux os est désormais mieux connue et pourra bientôt être encore mieux maîtrisée.

VIH et maladies cardiovasculaires

Les maladies cardiovasculaires ne touchent pas tous les groupes de population de la même manière. Elles affectaient hier bien plus largement les personnes vivant avec le VIH. Mais les dernières études montrent que le surrisque de développer des maladies cardiovasculaires pour cause du VIH a pour ainsi dire disparu.

En effet, grâce aux traitements ARV efficaces, lors que la charge virale est contrôlée et que le taux de CD4 est bon (supérieur à 500/mm3), l’inflammation dans l’organisme diminue nettement. Or cette inflammation est un facteur-clé de risque de développement des maladies cardiovasculaires.

Au-delà de l’arrêt du tabagisme et de la consommation de drogues, il convient d’entretenir son système cardiovasculaire en pratiquant une activité physique régulière et en misant, une fois de plus, sur une alimentation saine et variée.

VIH et diabète

Le risque de développer un diabète est légèrement supérieur chez les personnes vivant avec le VIH que dans la population générale selon les dernières études : 7 % des personnes porteuses du VIH, contre environ 4,7 % de la population générale. Mais, le VIH ne serait pas un facteur aggravant aussi important.

L’hygiène de vie est, encore une fois, la meilleure prévention contre le diabète : alimentation saine et limitée en sucres, alcool et graisses saturés et pratique régulière d’une activité physique.

Il est par ailleurs important de veiller à faire des bilans réguliers de glycémie à jeun car les symptômes du diabète (soif, envie fréquente d’uriner, perte de poids) n’interviennent que lorsque le diabète est installé. Le taux de sucre dans le sang est alors de 2 mg/l. Le stade de pré-diabète se situe à 1,10 mg/l, tout près de la normale située à 1 mg/l. S’il est détecté tôt, le diabète peut être plus facilement contrôlé par des traitements.

VIH et affections rénales

Les reins restent les organes qui sont les plus susceptibles d’être affectés par le VIH et par les traitements. Un phénomène baptisé HIVAN (Human Immunodeficiency Virus Associated Nephropathy).

Certains médicaments ARV favorisent les atteintes rénales. Il convient d’envisager de changer de traitement dès que l’on a connaissance de perturbations biologiques (mais en aucun cas d’arrêter le traitement sans avis médical).

Boire suffisamment d’eau, ne pas de fumer, éviter les médicaments dangereux pour les reins, améliorer votre fonction cardiaque en pratiquant de l’exercice physique, traiter une pression artérielle élevée, contrôler un taux de mauvais cholestérol trop élevé ou un diabète éventuel et perdre du poids si vous êtes en surpoids… Voici les principales mesures préventives : elles permettent de limiter fortement la dégradation de la fonction rénale.

VIH et hépatites

Près de 30 % des personnes vivant avec le VIH sont concernées par l’hépatite B, notamment en Afrique et en Asie.

Le plus souvent, l’organisme élimine naturellement le virus en quelques mois. Au-delà de 6 mois, on parle d’hépatite chronique.

Le traitement contre le VIH n’empêche pas de traiter efficacement cette IST qui peut entraîner des lésions du foie. D’ailleurs certains traitements contre le VIH sont efficaces contre le VHB (le virus de l’hépatite B). C’est notamment le cas de 3TC, du FTC et du ténofovir. Dans tous les cas, il existe aujourd’hui un vaccin contre l’hépatite B et il est recommandé à toutes les personnes vivant avec le VIH. Le médecin qui vous suit pour le VIH devrait vous proposer une vaccination, si ce n’est pas fait. C’est également lui qui devrait tenir à jour vos autres vaccins.

Environ 200 000 personnes sont infectées par le virus de l’hépatite C en France. S’il ne s’agit pas d’une infection sexuellement transmissible puisqu’elle voyage par échanges sanguin, elle peut, dans certaines conditions, être contractée au cours de pratiques sexuelles (en cas de règles ou de rapports anaux non protégés notamment).

Comme pour le VHB, le traitement contre le VHC n’est pas toujours systématique dès le diagnostic car il est fréquent que l’organisme élimine le virus de lui-même.

VIH et cancer

Selon les dernières données, les cancers liés au virus restent possibles mais leur taux d’incidence a fortement diminué. Même constat pour les autres cancers, y compris ceux liés au tabac : les risques d’être touché ne sont désormais presque pas plus élevés lorsque l’on est séropositif au VIH que lorsqu’on ne l’est pas.

Arrêter de fumer, contrôler son alimentation et faire du sport : voici, encore une fois, les meilleures manières de se prémunir contre le cancer.

D’une manière générale, prendre soin de son corps, être à l’écoute de ses besoins et se montrer ponctuel dans son suivi médical sont des leviers importants pour devenir acteur de sa santé et limiter les risques de développer toute maladie.