Dois-je le dire à mon employeur ?

Aucune loi ne vous oblige à faire connaître votre statut sérologique à votre employeur. Ce choix est personnel et la décision doit être prise en fonction de votre situation. Si les mentalités évoluent, les cas de discriminations sont encore fréquents dans les entreprises et les administrations.  

A la question « est-il obligatoire de dire à mon employeur que je suis porteur du VIH ? », la réponse est claire : non ! En vertu de l’article 9 du code civil sur le respect de la vie privée, rien ne vous oblige à révéler votre statut sérologique à votre supérieur hiérarchique. Et rien ne l’autorise à exiger des détails si vous devez vous absenter pour raisons médicales. Cela signifie donc que si vous devez vous rendre à l’hôpital pour des examens ou une consultation, ou que vous ne pouvez pas venir travailler parce que vous êtes dans l’incapacité physique ou psychologique de le faire, votre responsable doit se contenter du certificat médical que vous lui transmettrez. Et qu’il ne peut en aucun cas exiger que vous lui donniez davantage d’explications.

Révéler ou non votre statut sérologique à votre employeur est donc un choix qui vous appartient et qui doit être mûrement réfléchi.

Dois-je révéler mon statut sérologique au médecin du travail?

A l’occasion de la visite d’aptitude, programmée à l’embauche ou régulièrement au cours de votre contrat, vous n’avez pas l’obligation de faire part au médecin du travail de votre statut sérologique. Être porteur du VIH ne définit en rien si vous êtes ou non apte au travail. En tout état de cause, le médecin du travail est tenu par le secret médial et ne peut pas révéler votre statut sérologique à votre employeur.

En revanche, si votre état physique ou mental vous conduit à demander des aménagements de poste, vous pourrez être amenés à évoquer au médecin du travail vos problèmes de santé et donc, peut-être, votre statut sérologique. Mais, encore une fois, ce n’est en rien une obligation légale. Le médecin du travail n’a en effet pas pour rôle de juger votre état de santé. Il est là pour vous protéger et pour faire en sorte que vous exerciez vos missions sereinement et en toute sécurité.

Dois-je révéler mon statut sérologique lors d’un entretien d’embauche ?

Une fois de plus, non. Le code du travail est très clair à ce sujet : aucune personne ne peut être écartée d’une procédure de recrutement, de l’accès à un stage ou à une période de formation en entreprise, aucun salarié ne peut être sanctionné, licencié ou faire l’objet d’une mesure discriminatoire, directe ou indirecte, en raison de son état de santé. Cependant, des cas de discriminations évidentes existent encore. Là encore, si chaque cas est unique, il peut être judicieux de mûrement réfléchir la décision de dévoiler à votre futur patron votre statut sérologique : cette information est privée et ne définit en rien le candidat que vous êtes ou le salarié que vous serez.

Certains métiers sont-ils interdits aux personnes vivant avec le VIH ?

Certains métiers sont encore de fait ou de droit inaccessibles aux porteurs du VIH. Par exemple, pour endosser l’uniforme de gendarme, de pompier, de policier ou de soldat, il faut passer une visite médicale globale à l’issue de laquelle est calculée une cotation dite « SIGYCOP » : elle détermine un coefficient entre 1 et 6. Si ce coefficient est supérieur à 2, les chances de recrutement sont fortement diminuées. Or, les personnes vivant avec le VIH se voient le plus souvent attribuer un coefficient de 3, 4 ou 5, même si elles sont asymptomatiques, que leur taux de CD4 est bon et que leur charge virale est indétectable. De fait, leurs chances de recrutement sont donc quasiment nulles. Une discrimination contre laquelle de nombreuses associations sont engagées mais qui est encore réelle, bien que les choses sont en train d’évoluer : certains métiers s’ouvrent davantage, comme les pilotes de ligne vivant avec le VIH qui sont désormais autorisés à exercer leur métier ou la cotation SIGYCOP qui est elle-même en train d’évoluer. Enfin, l’appréciation de la situation de la personne se fait aujourd’hui le plus souvent au cas par cas. Rien n’est donc plié d’avance !

Si vous hésitez à révéler votre statut sérologique à votre employeur, ces témoignages et expériences pourraient vous aider dans votre décision.

« J’aimerais le dire mais j’ai peur d’être rétrogradée »

Valérie, séropositive depuis cinq ans, indétectable, mène une vie parfaitement normale, à l’exception du traitement qu’elle prend tous les jours. Pourtant, elle ne parvient pas à se décider : « J’oscille entre l’envie d’assumer pour donner une autre image de la séropositivité et sortir de la honte associée au secret, et la crainte que cette annonce provoque une déflagration dans ma vie professionnelle. J’aimerais le dire à ma supérieure hiérarchique, mais je travaille dans l’administration et je redoute d’être rétrogradée sous la pression collective. Face à une peur aussi irrationnelle que celle provoquée par le sida chez la plupart des gens, il risque d’y avoir un immense scandale. Quant, aux collègues, je suis convaincue d’en perdre un paquet. »

« J’ai révélé mon statut sérologique à mon patron mais je ne conseille pas de le faire »

Jean-Louis a longtemps hésité avant de révéler son statut sérologique à son employeur et, un jour, sur un coup de tête, lui a dit la vérité : « J’ai choisi au début de cacher ma maladie. J’avais une mauvaise image de moi et j’avais très peur de l’interprétation que les gens allaient faire de ma maladie. Le VIH est associé à tout un tas de représentations plus ou moins vraies et je craignais que mes collègues me stigmatisent. Et puis un jour, je ne sais pas vraiment pourquoi, j’ai décidé de tout dire à mon patron avec qui j’entretenais de bonnes relations. Je lui ai écrit un mail tout simple : “Je suis séropositif. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai besoin de vous le dire”. J’avais confiance en lui et sa réaction ne m’a pas déçu. Il a été très chaleureux. Il m’a changé de poste et m’a demandé d’écrire une charte sur les maladies chroniques – dont le sida fait partie – et sur les non-discriminations. Cela me permettait de faire un retour d’expérience et de donner mes recommandations sur la gestion des personnes souffrant de ce type de maladie. ». Cependant, si on lui demande son avis, Jean-Louis conseille de se taire : « Moi, j’avais plus de 50 ans, j’étais en très bon terme avec mon patron, j’étais délégué syndical et j’occupais un poste de cadre. Mais on ne sait jamais sur qui on va tomber, quelles seront les réactions… »

« Je suis obligée de mentir à mon employeur »

Élise, 49 ans, vit bien avec le VIH dont elle se sait porteuse depuis quatre ans. Mais elle préfère ne rien dire : « Je suis obligée de mentir à mon employeur et mes collègues quand je dois me rendre à l’hôpital ou chez mon médecin pour les bilans et les examens. C’est une situation difficile de devoir mentir, mais je n’ai pas le choix. Je sais que certaines personnes osent en parler et le vivent bien dans leur milieu professionnel. Je ne suis pas encore dans la divulgation. Il existe encore beaucoup de tabous. La peur due à la méconnaissance est toujours là. »

« Je suis allé voir mon employeur et je lui ai dit ‘cash’ »

Thierry n’a jamais envisagé de cacher son statut sérologique à son employeur : « Je me suis dit: puisque mes parents, mon frère et ma sœur l’acceptent, qu’ils sont tous autour de moi, plus question de mentir. Je suis allé voir mon employeur et je lui ai dit ‘cash’. Il l’a très bien accepté. Je lui ai dit que j’aurais parfois besoin de demi-journées, voire de journées pour mon suivi médical et cela n’a jamais posé de problème. Je pense qu’il sait qu’il à faire à un bon salarié et il veut le garder ! »


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